Le rêve

Quand dans une discussion ou en réunion il est proposé de relancer le transport fluvial sur certains secteurs du réseau fluvial où toute activité commerciale a disparu, on s’entend répondre fréquemment: c’est un rêve !

Vu de l’intérieur, au plus près du terrain, il apparaît que ce mot est particulièrement mal venu. Plus particulièrement encore au regard d’un secteur d’activité qui nécessite un professionnalisme confirmé, et à propos de personnes convaincues de l’intérêt économique et sociétal des voies navigables, aujourd’hui désertées par les bateaux de transport de marchandises.

Rappelons qu’en 1970 il n’y avait plus aucun tramway en France, et pourtant aujourd’hui le voilà de retour dans la plupart des grandes métropoles. Leur « disparition » provisoire a été suivie d’une renaissance remarquable : le concept n’avait pas perdu de sa validité ni de sa crédibilité dans notre société actuelle.

Si on entend parler de rêve, peut-être faudrait-il analyser les raisons pour lesquelles nous voyons tant de bateaux abandonnés, coulés ou mal entretenus le long des berges des canaux français. C’est sans doute parce que, quand passe un bateau chargé glissant sur l’eau, entouré de fumerolles au petit matin, entre deux lignes d’arbre aux feuilles roussies par l’automne, le désir de posséder un bateau envahit le passant qui rêve de plonger dans ce magnifique tableau pour partir, lui aussi, au bout du monde…

Vient ensuite la découverte de la réalité, le rêve n’est plus que routine, puis une charge bientôt négligée pour être revendue, voir abandonnée.

Plutôt que de vendre du rêve aux apprentis capitaines et aux assoiffés de liberté de pacotille, mieux vaudrait encourager la relance d’une activité confirmée par des millénaires de pratique, conformes aux préoccupations environnementales du 21ème siècle et aux aspirations de toute une population désireuse de voir revivre ses canaux.

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6 réponses

  1. Charles Berg
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    Ce n’est pas un rêve, c’est le retour d’une activité noble et pluri-millénaire à qui notre pays doit d’être ce qu’il est.

    • Jean-Marc Samuel
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      Merci Charles pour ton soutien. Nous nous sommes convaincus, reste à convaincre le monde…..

  2. Cayor
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    Un bel article qui relève de la poésie. Si l’évidence même que nos canaux ont été délaissés par les Pouvoirs Publics depuis des décennies, la réalité des effectifs réduits d’année en année (7400 en 1974 à environ 700 aujourd’hui) témoignent d’un réel déclin avec toute fois une regain sur le grand gabarit qui répond aux conditions économiques actuelles et son évolution, à savoir des bateaux de forts tonnages pour casser le coût du transport, critère complètement différent et incomparable avec l’encombrement des villes avec les voitures et le retour des tramways. Combien de mariniers se plaignent des frets trop bas, réduisant leur bénéfice, malgré une rotation soutenue pour compenser la perte, Ce mode de transport pour être le plus ancien, continuera d’exister certes mais jamais comme au temps de son apogée d’après guerre pendant les 30 glorieuses. Ceci étant, il est tout à fait possible de croire à une reprise sur certains secteurs pour satisfaire quelques clients bien situés comme en Alsace avec les sablières. Nous avions un beau métier fait de liberté mais qui fut mal compris, victime aussi de son individualisme qui caractérise les Indépendants au même titre que les commerçants artisans.
    Je te souhaite Bonne chance Samuel,

    • Jean-Marc Samuel
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      Bien sur il n’est pas question de comparer les tramways aux péniches, ce parallèle sert à contrer l’idée que ce qui n’existe plus ne peut plus revenir, ce qui est faux. Aujourd’hui le transport fluvial doit se trouver d’autres formes d’utilisation, c’est un véritable défi. Mais pour cela il faut l’appui massif des pouvoirs publics, comme cela s’est passé à la création des canaux, des lignes de chemin de fer, des autoroutes. Nous verrons ce que pourra faire le collectif Agir pour le fluvial;http://www.fluvialnet.com/upload/videos/PDF_2017/cp_agir_pour_le_fluvial_17_01_2017.pdf

  3. christine
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    Ce n’est qu’une question de temps…
    Il s’agit de tenir bon… !
    à quand un grand pardon sur le canal du Midi pour partager votre rêve ?

  4. Samuel
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    Pardon Cayor je réfute le mot poésie,comme celui de rêve. C’est justement contre ce vocabulaire que je lutte. La poésie elle est dans les croisières touristiques, les belles photos, ou un aveuglement voire un certain snobisme de quelques uns qui se valorisent en habitant sur un bateau, projet qui généralement aboutit à une revente ou un abandon du bateau. Les bateliers professionnels, qui vivent de leur travail avec leur bateau, ne sont pas des poètes mais des gens capables de s’occuper de leur matériel et de vivre une vie pas toujours facile. Mais c’est cette vision de l’intérieur qui manque aux institutionnels et aux pouvoirs publics pour décider de l’avenir de nos canaux.

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